30. juin, 2017

LA PÊCHE AVANT L'HISTOIRE

Si l'on s'intéresse un peu à l'histoire de l'humanité ou aux peuples d'autres contrées, on rencontre souvent l'expression "chasseurs-cueilleurs" ! Il est peu question de pêcheurs-cueilleurs" et pourtant, nombre de découvertes de l'archéologie préhistorique comme certaines observations contemporaines, montrent bien la présence de ce type de pratique.

Il faut dire que la terminologie est elle-même trompeuse ; si nul ne met en doute que le ramassage des fruits et des plantes comestibles est bien une cueillette, pourquoi parler de "chasse" aux champignons, aux escargots ou de "pêche" aux moules, voire de "chasse" sous-marin ? Mais ce débat nécessiterait d'autres considérations et l'on s'éloignerait de notre propos.

Celui-ci est de  nous en tenir à l'activité de pêche que nous caractérisons par l'acte d'attraper dans l'eau (ou dans les lieux qu'elle recouvre temporairement, pour les mers à marées) à la main ou à l'aide d'artefacts les animaux qui y vivent.

Les premiers traces de ce type sont pour de nombreux spécialistes, datés de 12 millénaires avant notre ère. Pour des raisons faciles à imaginer, ces vestiges sont plus largement lacutres et fluviaux que maritimes à proprement parler.

Ce qui est passionnant dans cette remontée aux sources ce sont les deux constats suivants :

  • Les plus anciennes techniques de pêche ont évolué mais leur base perdure depuis plus de dix mille ans.
  • Leur répartition sur la planète, en ces temps lointains où les transmissions étaient limitées, montre une grande homogénéité des comportements de notre espèce.

Nos lointains ancêtres des civilisations sans écriture ne nous ont laissé que des traces matérielles de leurs pratiques  qui en outre selon leur origine et les lieux où on les a retrouvées, avaient des durées de vie variables.

Que l'on imagine des filets en fibres naturelles, des nasses ou des barrages en bois, mais aussi des tendons d'animaux, de l'os, des arêtes de poissons, puis des levées de pierre et enfin des métaux.

Grâce à tous ces éléments, les spécialistes reconstruisent des modes d'utilisation que nous pratiquons toujours. Depuis des millénaires, on pêche aux "engins" filets, nasses, casiers, on "enferme" les poissons et crustacés grâce à des enceintes en matériaux divers (nous aurons l'occasion de revenir sur les cas particuliers des pêcheries), on utilise des hameçons qui en fonction du matériau de base, changent de taille et de forme mais ont toujours la même finalité, on harponne les proies plus grosses avec des pointes de silex, d'os...

C'est sans doute dans le domaine des matériaux que l'on voit apparaître les évolutions les plus spectaculaires,  et ce, avec une accélération qui semble ne pas connaître de limites. Le bois dans ses diverses formes (éclisses de châtaignier, osier, roseau, bambou) qui fait la base de tant d'engins de pêche, est abandonné au profit des plastiques, composites, carbones. Le nylon et ses dérivés ont remplacé chanvre, coton, soie... La simplicité d'usage, parfois la longévité, souvent le coût, ont eu raison de formes anciennes au prix d'une certaine beauté, au risque aussi d'une production de déchets difficile à maîtriser.

Heureusement il faut toujours boëtter convenablement un casier et le poser au bon endroit, escher un hameçon ou choisir le bon leurre, être attentif aux rythmes naturels qui affectent le milieu et nos proies espérées.

Nous sommes bien dans la continuité de l'aventure humaine !